mardi 7 décembre 2010

Mauvais goût


Pour ceux qui ne seraient pas encore au jus (excusez moi pur cette expression triviale mais elle est à propos, vous le verrez dans la suite de ce billet), il n’y a pas seulement quatre saveurs fondamentales (sucré, salé, acide et amer) car une petite dernière s’est ajoutée le siècle dernier : Umami (le sel asiatique, le glutamate, parfait pour les jus de viande, http://fr.wikipedia.org/wiki/Umami).
Effectivement, à chaque saveur lui correspond un récepteur du goût spécifique. Voilà que des chercheurs viennent de montrer que le panda a modifié son régime à base de viande pour le bambou au moment où il a perdu son récepteur au goût umami voilà 4 millions d’années. Une mutation génétique unique avec de grandes conséquences !
Mais, une autre espèce à récemment modifié son régime alimentaire : l’homme est passé d’une alimentation saine au régime hamburger, frites, soda il y a moins d’un siècle et sans aucune modification génétique. De plus, passer d’un régime carnivore à un régime végétarien impose de remodeler complètement son système digestif (un tube digestif court chez les carnivores et un long chez les végétariens, voyez le ventre creux du lion contre celui bombé de la gazelle). Une modification du régime alimentaire implique aussi une modification du comportement (voyez la sieste du lion qui bénéficie d’un régime carné riche en calories, alors que la gazelle ne cesse de brouter pour glaner les rares calories de la végétation). Un seul gène contrôlerait tout cela ? Et puis, heureusement qu’il y avait des bambous là où habitait le panda qui à perdu sa sensibilité à l’umami : serait-il mort de faim sinon ?

http://www.newscientist.com/article/mg20827893.900-how-the-giant-panda-lost-its-taste-for-flesh.html

Zhao H, Yang JR, Xu H, Zhang J. Pseudogenization of the umami taste receptor gene Tas1r1 in the giant panda coincided with its dietary switch to bamboo. Mol Biol Evol. 2010;27:2669-73.

mercredi 1 décembre 2010

Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine


Parfois, les scientifiques s’acharnent à démontrer un point alors que démonstrations après démonstrations, celles-ci finissent par révéler des faiblesses. Il en va ainsi de la supériorité cérébrale de l’homme. On a commencé par dire « l’homme à un plus gros cerveau que l’animal ». Mais le cerveau de l’éléphant est bien plus gros. Alors on a corrigé en précisant que l’homme à un gros cerveau par rapport à sa taille, mais finalement moins gros que le dauphin même rapporté à la taille. Alors on a corrigé en disant qu’il ne fallait prendre en compte que le volume du cortex (la matière grise)… je vous passe la suite de cette interminable histoire…
Aujourd’hui des scientifiques démontrent que la densité des cellules nerveuses (les neurones) est moins importante dans le cortex de l’aire préfontrale (l’aire cérébrale impliquée dans les relations sociales) chez l’homme par rapport aux autres grands singes. J’aurais pensé que cela signifie que l’homme est « moins intelligent » que ses cousins puisqu’il à moins de neurones. Mais, hop pirouette, pas du tout rétorquent les auteurs de l’étude qui expliquent que cela laisse plus de place pour les connections entre les neurones ! Et puis, à propos, les cerveaux des grands singes analysés proviennent de décès dans des zoos ou des centres de primatologies où les liens sociaux (qui impliquent l’aire préfrontale) ne sont peut être pas ce qu’ils sont naturellement. Quoi qu’il en soit, les cerveaux humains étudiés n’étaient pas ceux de prisonniers !
Miller G. New clues about what makes the human brain special. Science 2010; 330: 1167.
Image : http://fond-d-ecran-gratuit.org/homer-simpson-fond-d-ecran/

mardi 30 novembre 2010

Pigeon vole (2)

Dans mon billet du 20 mai 2009, j'évoquais la réalisation de manchots cybernétiques volant par des chercheurs en robotique. La technologie progresse mais les effets spéciaux vidéo aussi comme dans cette publicité pour la BBC !
(attention, ces images ne sont que pure fiction et toute ressemblance avec la réalité ne pourrait être que fortuite !!).

lundi 15 novembre 2010

Rendons à César...


En 2006, des scientifiques mettaient fin à une veille controverse grâce à une idée superbe. La controverse était à propos de l'apparition ou non de nouveaux neurones dans le cortex après la naissance. Et bien la réponse est non. Mais comment ont-ils pu apporter la réponse ? Et bien en quantifiant le Carbone 14 dans des neurones corticaux de personnes décédées après le début des essais nucléaires atmosphérique (ils ont augmenté la proportion de Carbone 14 dans l'atmosphère) mais dont la naissance avaient eu lieu soit avant, soit après le début de ces essais. Et bien on ne retrouve des proportions de Carbone 14 compatibles avec les essais nucléaires que chez les personnes nées après le début des essais nucléaires. Il n'y a donc pas d'incorporation post-natale, et donc pas d'apparition de nouveau neurones corticaux après la naissance.
C'est un design expérimental très élégant et digne de figurer dans le palmarès des études low-cost !
Pourtant, l'histoire n'est pas si belle ! Effectivement, plus de 20 ans auparavent des scientifiques avaient déjà eu cette idée afin de déterminer la vitesse de croissance des fanons de baleine... mais ils n'ont pas été cités dans l'article sur les neurones corticaux. Alors soit l'équipe travaillant sur les neurones n'a pas assez bien étudié les articles scientifiques déjà publiés (ce que l'on appelle "faire sa bibliographie" dans le jargon des labos), soit il s'agit d'une idée apparue deux fois, à deux endroits différents comme on le voit pas si rarement que ça (cf ma note du 01/12/2009: http://lowcostscience.blogspot.com/2009/12/simplexite.html)

Bhardwaj RD, Curtis MA, Spalding KL, Buchholz BA, Fink D, Björk-Eriksson T, Nordborg C, Gage FH, Druid H, Eriksson PS, Frisén J. Neocortical neurogenesis in humans is restricted to development. Proc Natl Acad Sci 2006;103:12564-8.
No author. After the bomb. Nature 2006;442:722.
Schell DM, Saupe SM, Haubenstock. Natural isotope abundances in bowhead whale (Balaena mysticetus) baleen: markers of aging and habitat usage. Ecol Stud 1989;68:260-269.

samedi 13 novembre 2010

Perdre la face

Un article de Libe en ligne annonce une exposition d'art numérique mettant en scène le corps : In Famous Carousel (http://www.ecrans.fr/In-Famous-Carousel-repense-le,11310.html ). Cette expo comporte des oeuvres vidéo de Daito Manabe qui reprend la technique de stimulation faciale mise au point par Duchenne de Boulogne (1806 - 1875; voir mon billet du 07 avril 2009: http://lowcostscience.blogspot.com/2009/04/une-fausse-joie.html ). Un bel hommage à ce scientifique brillant et original qui lui aussi inova dans le domaine de l'art puisqu'il fut le premier à utiliser la photographie en recherche médicale.



Voir aussi
http://www.youtube.com/watch?v=pLAma-lrJRM

mardi 13 avril 2010

Chacun voit midi à sa porte !



C'est avec amussement que je compare la première phrase du résumé de deux articles scientifiques publiés à quelques mois d'intervalle dans la même prestigieuse revue :

"L'homme diffère des autres primates par de nettes différences de ses capacités cognitives et par un cerveau significativement plus gros." (Nowick K et al. Differences in human and chimpanzee gene expression patterns define an evolving network of transcription factors in brain. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2009;106:22358-63).


"De longues jambes et des bras courts sont caractéristiques de l'homme parmis les primates,..." (Young NM et al. Development and the evolvability of human limbs. Proceedings of the National Academy of Sciences. 2010;107:3400-5).

Chacun détient sa vérité !


jeudi 25 février 2010

La robe de la mariée


Si certains chevaux sont blancs, ce n'est pas pour convoler en justes noces ! Le blanc est plus visible que les couleurs sombres plus communes chez le cheval. Les chevaux blancs seraient donc plus facilement repérables par les prédateurs. Si pourtant cette couleur de robe persiste, c'est qu'elle doit bien apporter un autre avantage ? Il semble que les mouches voient moins bien les chevaux blancs que les chevaux à robe sombre. Moins embêtés par les mouches, ces chevaux seraient donc aussi moins exposés aux maladies transportées par ces insectes. Et si le zèbre est zébré, c'est qu'ainsi il devient invisible pour les mouches tsé-tsé !
Why horses wear white. Nature 2010;463:852
Reichhorf J. L'émergence de l'homme, Chap 10 : des chevaux rayés. Champs Sciences.